A partir des années 2000, apparaît la problématique des minorités dans les media alors que différentes productions scientifiques, dont les media se font parfois l’écho, contribuent à la diffusion et à la popularisation du terme d'immigration postcoloniale. Pour ces productions, le constat est clair : la représentation des populations françaises originaires du Maghreb, d’Afrique noire et même parfois des DOMTOM dans les media reste marquée par les représentations coloniales. Ainsi, tandis que les premières études sur les media portaient sur le rapport entre media et immigration, les recherches plus récentes vont, désormais, aborder la question de la représentation et de la représentativité des minorités dans les media. Il n’est plus question ici de rester sur le terrain de l’intégration et de l’immigration comme l'ont fait les sciences sociales jusqu'alors, mais d’aborder la question cruciale du problème de reconnaissance sociale des populations françaises minoritaires au sein de l’espace public et médiatique français.
C’est au cours des années 1990 que la question de la représentation va venir compléter celle de la représentativité des minorités visibles et/ou issus des migrations à l’écran. Les études consacrées à cette double thématique émergent sous l'influence croisée de l'audiovisuel britannique et des nouvelles générations qui, en France, cherchent à prendre en main l'image donnée de leur vie et destin. Par ailleurs, du point de vue des opérateurs ou encore des institutions publiques, si pendant de nombreuses années en France, il semblait entendu que les media pouvaient jouer un rôle dans les dynamiques d’intégration, notamment en diffusant des émissions prioritairement, mais pas exclusivement, destinées aux populations issues de l’immigration, aujourd’hui, ces programmes ont tous disparu des écrans. Ainsi à des émissions spécifiques est, désormais, préférée une visibilité de la diversité de la société française dans tous les programmes.
Un changement radical de l'idée de la diversité , à la suite des émeutes des banlieues populaires de novembre 2005 dont les acteurs les plus visibles étaient de jeunes Français descendants d'immigrés, la question des discriminations comme facteur des violences urbaines a clairement été posée par le Président de la République (Jacques Chirac) lui-même, concernant non seulement le monde social, mais aussi les représentations médiatiques, comme en témoigne la place accordée par la loi dite de "l'égalité des chances", votée en 2006, qui charge le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de la "lutte contre les discriminations" et de l'expression de la "diversité de la société française" dans les programmes de télévision. Comprendre cette question des discriminations ethnoraciales à la télévision demande d'abord que soient définis les termes avec lesquels on analyse ces discriminations afin d'éviter les confusions, entre minorité ethnique, minorité visible, étrangers et immigrés. L'analyse des contextes et des dispositifs aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, comparés au cas français, permet de mieux saisir la dimension historiquement et socialement construite des indicateurs de discrimination. Cette meilleure connaissance empirique des situations me conduit à proposer une typologie des régimes de visibilité des minorités non-blanches.
Les recherches, débats ou actions initiés sur le thème de la représentativité et de la représentation des minorités visibles au sein des media ont, pour beaucoup, focalisé sur les chaînes de télévision hertziennes ; les radio étant moins observées, et l’Internet le grand oublié de ces études. Monsieur Herve Bourges dés les années 2000 demande le modification des cahiers de charges pour tenir compte de la diversité. En 2004 la Haut Conseil à l’Intégration explicite la promotion de la diversité. De plus, si la presse écrite en France a amplement participé et contribué à développer le débat public sur la représentation des immigrés au sein des media, ses propres pratiques ont, jusque là, été peu étudiées et questionnées. Multiplier les études et recherches sur la presse, la radio ou encore l’Internet semble, aujourd’hui, indispensable ; et ce d’autant plus que dans de nombreux secteurs de production, les choix opérés par les uns peuvent influencer les autres. Par ailleurs, les premières initiatives prises dans le domaine de la télévision en faveur de la représentativité des minorités visibles vont nécessiter une évaluation de leur impact. Dans ce cadre, un domaine particulier d’attention et de suivi devra être celui de la fiction. Car si les chaînes ont engagé un début de réflexion dans ce secteur de production, il est à remarquer que peu de recherches ont analysé la représentation des minorités faite par la fiction, et tenté de dégager l’imaginaire social qui peut en découler.
L’intérêt récent pour les media « communautaires », « ethniques », « des diversités » en France doit être poursuivi et soutenu.
En répondant aux besoins d’information et de divertissement des minorités issues des migrations et/ou visibles et en ayant un positionnement éditorial spécifique, les media des diversités en France disent agir en complémentarité de l’offre des media grand public. Or malgré leur développement, et pour certains leur impact, ces media restent peu connus, notamment dans leurs apports et contributions en faveur de la visibilité et de la représentation des minorités et dans ce qu’ils peuvent communiquer sur leur propre imaginaire. Des études manquent clairement dans ce domaine.
Dans leur recherche d’autoreprésentation, les minorités issues de l’immigration se tournent souvent vers les media produits et diffusés à partir de leur pays d’origine. Cette situation a des implications tant sociales qu’économiques, notamment pour l’industrie médiatique. Or si un nombre de plus en plus important d'études porte sur la production et surtout sur la réception de media étrangers en France, notamment via le satellite, elles restent encore trop peu développées, au regard des productions venues des pays scandinaves ou anglo-saxons.
Il y a donc un véritable enjeu à les étudier pour mieux considérer la place de ces media et leur fonction dans le paysage médiatique français, mais aussi au-delà.
CASINO DE PARIS 24 Avril 2015 : Réservez vos places dès maintenant !
