L'immigration et l'identité française

Catherine de Wenden a tenu une conférence sur le débat de l'immigration et l'identité française.

Catherine DE WENDEN est Directeur de recherche au CNRS (CERI) et Docteur en science politique (Institut d'Etudes Politiques de Paris). A la fois politiste et juriste, elle travaille depuis vingt ans sur différents thèmes liés aux migrations internationales.



Elle a également mené de nombreuses études de terrain et dirigé différentes recherches comparatives, principalement européennes. Elle a été consultante pour l'OCDE, le Conseil de l'Europe, la Commission Européenne et "external expert" pour l'UNHCR.


Ces dernières décennies, les migrations ont pris une nouvelle ampleur. Entre 175 et 200 millions de personnes dans le monde vivent en situation de «déplacés » (migration familiale, migration du travail et asile). C’est certes peu par rapport à la population mondiale (moins de 3% d’après la Division de la population des Nations unies), mais c’est un chiffre croissant et suffisant pour donner aux flux migratoires une ampleur globale puisque quasiment toutes les régions du monde sont touchées par ce phénomène, qu’elles soient des zones d’accueil, de départ ou de transit.


Dans ce contexte général, l’Europe est particulièrement concernée : sur environ 400 millions d’habitants, près de 15 millions de ressortissants d’Etats tiers résident dans l’Union, avec une croissance sensible de leur nombre au cours des années 1990. Malgré le tassement des entrées légales annuelles sur le territoire européen, les statistiques montrent que ces dernières sont depuis presque vingt ans supérieures à celles que connaissent les Etats-Unis d’Amérique, le Canada et l’Australie réunis.


Depuis plusieurs années, le thème de l'immigration suscite de nombreux malentendus.
Le nombre des étrangers en Union européenne est évalué aujourd'hui à vingt millions d'étrangers. Mais la perception en est autre : les populations des pays européens sont plus sensibles à la visibilité de la présence étrangère qu'aux réalités des statistiques. Par ailleurs, la confusion des termes utilisés ne fait qu'aggraver cette impression : tantôt on parle des étrangers, c'est à dire des non-nationaux recensés comme tels dans les pays où ils résident, tantôt on parle des immigrés.
On confond les flux (c'est à dire les entrants et sortants) et les stocks (c'est à dire les populations installées de longue date dans les pays d'accueil), on fait l'amalgame entre les questions posées par les nouveaux venus et celles relatives aux installés de longue date. Enfin la confusion devient malentendu quand il s'agit de comparer les modèles migratoires proposés par les pays européens


Les questions relatives aux flux migratoires sont bien différenciées de celles liées à l'intégration et le débat propose une approche comparative des politiques adoptées tant à l'échelon européen que national.


Le phénomène de «couples migratoires », véritable héritage historique et notamment colonial (France/Maghreb ou encore Royaume-Uni/Commonwealth), reste largement pertinent : c’est ainsi que 97% des Algériens d’Europe et 68% des Tunisiens d’Europe sont établis en France. Il ne faut oublier que l'Algérie été un département français pendant très longtemps et que ces deux pays sont francophones.


J’attirerai  l’attention sur le fait que les migrants d’origine portugaise représentent la plus grande part de population d’origine étrangère en France depuis les années 1980. En regard de ce constat, sachez que 10% de la population du Portugal vit hors des frontières du pays, ce qui correspond à environ 1 million de personnes.


Aujourd'hui, l’immigration occupe régulièrement le devant de la scène politique pour donner lieu à des débats passionnés. Mais elle a changé de nature et place la France face à de nouveaux enjeux où la légalité côtoie parfois l’illégalité.


Définition l'identité nationale la nation même est née avec la révolution française et le cri de « Vive la nation» à Valmy en 1792,elle ne s'est jamais référée à aucune population autre que celle née sur le sol français et y ayant vécu ou de parents français.


Si la centralisation du pouvoir et l'unité linguistique se sont progressivement imposées contre les différentes cultures qui composaient le royaume puis la république, d'autres valeurs sont venues s'ajouter à la définition de l'identité non plus seulement française mais nationale : celles inscrites dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la laïcité depuis 1905 et en tout état de cause un projet politique sans référence à une population donnée.


La  questionnement toujours aussi insidieux sur la nature de l'appartenance à l'identité française de ces jeunes, surtout avec la montée des sentiments sécuritaires à l'égard de l'Islam se sont poursuivis. Dans le même temps, une petite élite d'entre eux s'inscrivant dans l'espace public comme militants associatifs d'une citoyenneté modernisée, la « nouvelle citoyenneté », comme inventeurs d.une culture populaire métissée, comme porteurs de valeurs antiracistes et multiculturelles. La plupart d'entre eux ont acquis la nationalité française par le droit du sol et sont devenus électeurs et éligibles et quelques-uns d'entre eux sont élus municipaux, régionaux ou Européens. Une partie de ces générations issues de l'immigration commence discrètement à accéder à la classe moyenne malgré le chômage et les discriminations en tous genres et les couples mixtes se multiplient. Des institutions d'autorité comme la police et l'armée cherchent à afficher la diversité de leur recrutement sans toujours parvenir en leur sein à convaincre leurs effectifs des bienfaits de cette pluralité des profils. Enfin, des travaux d'enquête et de thèse montrent, qu.au-delà des stéréotypes, la plupart des interviewés rencontrés se considèrent Français comme les autres et comme prioritairement Français s'ils ont la double nationalité avec un pays d'origine dont l'appartenance est vécue comme une identité privée. Cette identité française est pétrie de valeurs républicaines d'égalité, de liberté et de fraternité au sens propre des termes, parfois affichées.


Certains déplorent (c'était le cas lors de la révolte des banlieues de 2005) que ces idéaux proclamés ne leur soient pas totalement appliqués. La plupart des jeunes se revendiquent Français et musulmans mais respectent la laïcité.  Légèrement plus à gauche que leurs homologues Français du même âge et du même milieu social, ils sont aussi plus conservateurs dans leurs valeurs privées. Leur participation électorale, généralement faible a amorcé une hausse sensible durant les élections présidentielles de 2007. Depuis les années 1990, ils se laissent séduire par les thèmes de la discrimination positive car ils considèrent qu.ils peuvent y être gagnants. Opportunistes en politique, ils se laissent aussi courtiser par les partis politiques de tous bords qui leur reprochent leur communautarisme tout en les ethnicisant à travers leurs critères de recrutement fondés sur la visibilité ou par les rôles de médiateurs ou d'« Arabes de service » qu'ils leur confient. En octobre 2007, un musée de l'immigration a ouvert ses portes à Paris avec pour emblème : leur histoire est notre histoire. Il s'agit là d'une réappropriation par l'identité française d'une histoire oubliée, celle de  l'immigration, réhabilitant ainsi leur contribution à l'histoire de France. Mais pour que les jeunes de l'immigration  puissent être partie prenante de la société française, il ne suffit pas qu.ils se sentent Français et qu.ils remplissent la  majorité des critères d'intégration des enquêtes. Il faut aussi que la société française considère à son tour que ces  étrangers' sont Français et partie prenante de l'identité française.