L’immigration turque en Europe expliquée par un Japonais

Travaillant sur la Turquie depuis 1986, l’éminent professeur japonais Masanori Naito étudie tout particulièrement le cas des immigrés turcs en Europe.

A l’occasion d’une série de séminaires qu’il a donnée à l’EHESS en tant que professeur invité pour le mois d’avril, Plateforme de Paris a eu l'occasion d'organiser une conférence.


 



 


Doyen de la faculté de géographie sociale à l’université de Doshisha à Kyoto, le professeur Masanori Naito est spécialiste du monde musulman et de l’immigration en Europe. Parmi ses travaux de recherche actuelles se trouvent les «Relations intercivilisationnelles entre l’islam et l’occident», les «Mouvements islamiques des immigrés d’Europe occidentale», ainsi que les relations entre la Turquie et l’Union Européenne.


Invité de la Plateforme de Paris avant son départ pour le Japon, l'universitaire a donné une conférence dans laquelle il a exprimé ses observations sur la situation des immigrés en France et en Europe tout en illustrant ses propos par des anecdotes de sa vie professionnelle en Turquie et en Europe.



 


Commençant par un court résumé de son parcours académique, le professeur Naito a expliqué le cheminement qui l’a poussé à s’intéresser à la Turquie. Ses premières recherches qu’il effectue à Damas, en Syrie, prennent vite fin à cause des restrictions dictées par le régime de l’époque.


Passant en revue les possibilités qui s’offrent à lui, le professeur Naito décide de s’intéresser à un pays voisin : la Turquie. C’est ainsi qu’à partir de 1990, Masanori Naito enseigne en tant que professeur invité à la faculté de Science politique de l’université d’Ankara, tout en occupant le poste de directeur au Centre d’Ankara d’Etudes sur le Moyen-Orient pour la Japan Society for the Promotion of Sciences.


Des recherches sur l’immigration turque en Europe 


Apprenant également le turc pendant ses années en Turquie, Masanori Naito a plusieurs champs de recherche.


Parmi ceux-ci, la relation de l’Islam avec l’occident, un sujet englobant les pourparlers de la Turquie avec l’Union Européenne, mais aussi les vagues d’immigration des personnes musulmanes en Europe et leur intégration dans leur pays d’accueil.



 


 


Pour le cas de l’immigration turque, le professeur Naito a exposé les différences qu’il a pu constater entre les immigrés turcs de différents pays d’Europe, comme l’Allemagne, la Hollande ou la France. «Chaque pays a ses propres critères d’intégration», explique-t-il, «la France a sa politique d’immigration, soit l’assimilation, alors que l’intégration en Allemagne, c’est savoir parler la langue et avoir un travail. Ca n’a rien de philosophique comme en France. […] En France c’est une intégration individuelle. Une opinion ou une religion différente n’est pas acceptée».


Continuant sur le cas de la France, le professeur Naito explique que la notion de liberté, telle qu’elle est perçue par l’idéologie française, influencée par son histoire, implique d’être loin de l’Eglise et de la religion, alors que les populations d’origine musulmane considéreront comme liberté, le fait de pouvoir vivre leur religion.Alors que les descendants des immigrés d’origine musulmane sont aujourd'hui une réalité, c’est cette difference d’opinion et cette incompréhension qui continuent à créer des tensions sociales en France, conclut-il.


Source Zaman France : L’immigration turque en Europe expliquée par un Japonais