Quel devenir pour l’islam en France ?

Il y a deux ans, l’association d’intellectuels chrétiens Confrontations organisait deux journées de réflexions s’interrogeant sur Le devenir de l’islam en France. C’est aujourd’hui le titre d’un ouvrage qui reprend les interventions du colloque et qui vient d’être publié chez Desclée de Brouwer, dans la collection Confrontations, du nom même de l’association. L’ouvrage est dirigé par Hervé Legrand, professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris, qui signe également l’avant-propos. Cette nouvelle réflexion sur la place de l’islam en France a la particularité d’inscrire le propos sous le prisme de la notion de «devenir». L’islam de France est multiple, hétéroclite et en évolution constante. C’est donc le refus de l’approche essentialisante qui anime les multiples chercheurs et intellectuels ayant participé à l’ouvrage et dont la diversité, tant confessionnelle que professionnelle, est le reflet d’une prise en charge plurielle du sujet. De Tarek Oubrou, imam de la mosquée de Bordeaux, à Franck Fregosi, directeur de recherche au CNRS, en passant par Leyla Arslan, de l’Institut Montaigne, et Vincent Feroldi, aumônier de prison, les articles mêlent l’approche intellectuelle et la connaissance du terrain, en ayant sans cesse le souci de comprendre l’islam au sein de ses multiples dynamiques d’évolution.



Les musulmans ne se reconnaissent pas dans leur image médiatique

 

Dans son avant-propos, Hervé Legrand regrette que ces expertises soient si peu écoutées dans un contexte où la question de l’islam en France soulève de plus en plus de ressentiment, de part et d’autre. Soucieux d’éviter aussi bien l’idée d’une incompatibilité fondamentale entre islam et république qu’un fraternalisme naïf occultant les problèmes, son propos vise à comprendre les enjeux de cette présence en posant la question des raisons des craintes que l’islam suscite selon plusieurs sondages récemment publiées. Hervé Legrand explique également pourquoi lui et les autres auteurs de cet ouvrage ne croient pas que les musulmans voudraient «dans leur ensemble, inévitablement instaurer un communautarisme dans notre pays». Il analyse les multiples freins à ce communautarisme, en rappelant que «la très grande majorité des musulmans de notre pays, ou leurs parents, y sont venus pour travailler, avec l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants » et qu’ils «ne se reconnaissent pas du tout dans l’image de leur religion véhiculée par les médias».