Revenir à la laïcité de 1905

La question des rapports entre l’islam et la laïcité a eu l’occasion de revenir au premier plan ces dernières semaines. Et si la solution à la stigmatisation de l’islam passait par un retour aux fondements de la loi de 1905 ? C’est cette piste qu’a évoquée Jean Baubérot, directeur d’études émérite à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) à l’occasion d’une rencontre à la Plateforme de Paris autour de son dernier ouvrage, paru en 2012, La laïcité falsifiée (La Découverte). Grand spécialiste de la question, le sociologue avait notamment participé à la commission Stasi en 2003 sur «l’application de la laïcité dans la République». Pour le professeur, il faut revenir à la «conception de la laïcité de 1905 où la séparation de l’Eglise et de l’Etat était explicitement coordonnée à la liberté de conscience pour tous». Jean Baubérot fustige ainsi les forces de droite, notamment d’extrême droite, qui définissent, selon lui, la laïcité dans sa conception de neutralité pour mieux stigmatiser les musulmans. Il en voit la preuve dans la dernière sortie de Marine Le Pen, le dimanche 23 septembre, sur l’interdiction du voile et de la kippa dans l’espace public. Il soutient que les défenseurs de cette «nouvelle laïcité» font dire «à la loi de séparation de 1905 le contraire de ce qu’elle a réellement dit». «Elle n’a jamais été une laïcité de combat», poursuit-il.

La loi de 1905 garante de la liberté religieuse
Le professeur va en effet à contre-courant d’un discours présentant la laïcité comme une force offensive contre les religions. Jean Baubérot défend même l’idée que la Séparation a permis de «libérer la parole de l’Eglise catholique». Il rappelle aussi que la République s’est «accommodée», au début du siècle, avec celle-ci en donnant par exemple un jour libre dans la semaine à l’école publique pour permettre aux enfants de suivre des cours de catéchisme à l’église. Elle doit donc retrouver, explique-t-il, cette même force d’accommodation avec l’islam. Mais elle doit pour cela surmonter «l’impensé colonial de la laïcité». Car, pour lui, la France n’a pas digéré son histoire coloniale, ce qui explique les difficultés auxquelles sont confrontés actuellement les musulmans. Mais le professeur se veut optimiste : « Même si ce n’est pas suffisant, des choses sont faites. De plus en plus de mosquées sont construites. Il y a encore 20-30 ans, l’idée ne nous venait même pas que les musulmans aient des lieux de culte décents».


PAR AZIZ OGUZ  


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