Ces derniers temps, différents points de vue sont soulevés dans l’opinion publique sous des intitulés tels que « tensions entre les le Mouvement[1] et le pouvoir » ou « relations entre le Mouvement et le pouvoir. La Turquie est un pays qui est en phase de démocratisation et le fait que l’opinion publique puisse librement débattre des sujets qui l’intéressent est un résultat naturel de la démocratie. D’autre part, les personnes dont les cœurs battent pour le Hizmet sont ouvertes à toutes les critiques constructives et considèrent comme un devoir de tirer parti de celles-ci. Ceci dit, pour que les débats en cours puissent être plus utiles à la société, il faut non seulement que les notions soient utilisées d’une manière plus appropriée, mais aussi s’appuyer sur des informations véritables dans des questions qui intéressent des masses plus importantes.
Les discussions sur l’activité sociale de charité et de services qui s’inspire de l’atmosphère intellectuelle de Fethullah Gülen et qui se définit par le mot “Hizmet” (service en turc, ndt) ne sont pas propres à la Turquie. Dans de nombreux pays, qu’ils soient orientaux ou occidentaux, d’innombrables travaux sur le Hizmet et sur son centre intellectuel Fethullah Gülen sont mis en œuvre depuis des années dans pratiquement chaque échelon du monde intellectuel (journaux, magazines, universités, conférences, thèses, ateliers, etc.). De ce point de vue, on pourrait même dire que notre monde intellectuel a du retard pour mener une discussion exhaustive sur le sens et la position du phénomène mondial baptisé Hizmet. Un autre problème majeur est l’absence d’une sphère de discussion transparente résultant du fait que la Turquie ait vécu depuis de longues années repliée sur elle-même. Le résultat de longues années de tutelle en Turquie se traduit par des faiblesses touchant les débats -même ceux menés au niveau intellectuel- telles que des inexactitudes, des raisonnements réducteurs et trompeurs, des comparaisons incorrectes, des exagérations, des défauts de renseignement et des convictions basées sur des observations incomplètes et des erreurs d’information matérielle.
Des structures mentales habituées à vivre repliées sur elles-mêmes, mal informées sur les autres styles de vie sociaux et semblables à une sorte de ghetto sont nées suite à l’absence de négociations publiques et de débats libres. Plus particulièrement, l’expression correcte des notions et des structures en rapport avec la religion et les pratiques religieuses est devenue pratiquement impossible. Cela donne suite à de faux débats qui ne définissent correctement le sens d’aucune notion essentielle liée à une discussion sur la religion, comme par exemple les notions de confrérie, de foi, de communauté, de fondement et de secondaire, de symbole et de signe.
Etant donné les multiples causes semblables à celles-ci et les débats menés ces derniers temps, il devient nécessaire d’exprimer explicitement certaines notions élémentaires concernant le Hizmet. Beaucoup de questions concernant le Mouvement peuvent être posées dans ce contexte. Mais dans un premier temps, il nous semble plus approprié de répondre aux questions suivantes :
· Comment définir le Hizmet et son but fondamental?
· Ce mouvement de volontaires pourrait-il prendre une position politique ?
· Quelles sont les valeurs et principes de la vie politique auxquelles se référencie le Hizmet ?
Dans un deuxième temps, des questions plus concrètes demandent à être soulevées :
· Le Hizmet et les attentes de la politique
· Le Hizmet et le Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti)
· Des adeptes du Hizmet sont-ils positionnés dans l’Etat ?
· Y a-t-il une crise entre les le Mouvement et l’AK Parti ?
· Le Hizmet face aux différents processus juridiques et bureaucratiques en cours qui lui sont attribuées ?
· Le Hizmet et la liberté de presse
Qu’est-ce que le Hizmet ?
Le Hizmet est un mouvement de la société civile composé de volontaires ; s’inspirant de la foi et visant à construire une culture de vivre-ensemble autour de valeurs humaines universelles. Le Hizmet est une collectivité de volontaires. La condition du volontariat est de contribuer sans rien attendre en retour. Autrement dit, si en contrepartie de son activité, une personne est en dans une attente politique, matérielle ou autre, cela veut dire qu’elle est dans une situation paradoxale avec l’essence des services rendus.
Un deuxième point est le caractère civil. Le Hizmet est un mouvement civil. Et en tant que mouvement civil, il ne fait en aucun cas partie d’un programme, d’une politique ou d’un agenda officiels, et ne se présente pas en tant que complément de ceux-ci. De même, ce mouvement civil ne se positionne à l’encontre d’aucun agenda ou parti politiques. Les politologues fondent le mouvement civil sur trois bases : le volontariat, l’autonomie et la distance au pouvoir. Un mouvement social basé sur ces trois critères est un mouvement de la société civile et a le droit de disposer de ce caractère civil. De ce fait, celui qui tente de concilier le Hizmet avec ne fusse qu’une partie de l’agenda officiel ou de la politique, crée une situation incompatible avec l’esprit des services rendus. En outre, il découle de cette qualité civile que d’une part il n’y a aucun lien officiel ou hiérarchique entre les personnes dévouées au Hizmet, et que d’autre part les travaux sont menés sous le principe de décentralisation.
Il faut particulièrement prendre en mains d’une manière attentive les débats sous le thème « le Mouvement et la politique ». Considérer le Hizmet comme l’associé, le partisan masqué ou l’opposé d’un parti politique est une situation contradictoire avec sa nature fondamentale. D’un point de vue démocratique, les personnes dévouées au Hizmet considèrent avec respect tous les mouvements politiques n’ayant pas recours à des procédés rejetés par le droit universel tels que la violence ou le terrorisme. Cependant, ils trouvent incompatibles avec leur perception de se regrouper officiellement avec l’un ou de former un front opposé à l’un d’entre eux. Le fait que le Hizmet soit estimé dans de nombreux pays, tous divergeant par leur religion, structure ethnique ou langue, est ainsi une conséquence de sa nature civile. Si les personnes rendant ces services se trouvaient dans de graves situations violant cette nature civile et faisaient partie de programmes officiels et politiques, elles ne seraient pas aussi bien accueillies par des cultures diverses au niveau mondial.
Un autre point critique est ceci: comme conséquence logique de la nature humaine, dans le Hizmet comme dans tous les autres mouvements sociaux, certains individus peuvent commettre des actes incompatibles avec l’essence du volontariat et du caractère civil. Ceci dit, ces torts ne peuvent être imputés au Hizmet. Si ces erreurs contiennent un caractère illégal, la justice en sera l’interlocuteur légitime. La définition faite ci-dessus a dans un sens pour but de contribuer positivement aux débats qui animent la Turquie. Comme il existe depuis un moment un débat continuel sur le Hizmet dans ce pays, la politique et l’actualité turques ont servi de base à ces présents propos. C’est pourquoi il ne faut pas en tirer la conclusion que le Hizmet est un mouvement centré sur la Turquie. Il est bien entendu qu’il est historiquement et sociologiquement originaire de ce pays, cependant ses valeurs et la mentalité qu’il représente sont universelles.
Quels sont les partis politiques que le Hizmet soutient ?
En tant que mouvement civil, le Hizmet n’est jamais en position de donner des ordres aux personnes qui lui sont dévouées dans des questions telles que le vote ou le choix politique, comme le font certaines structures officielles. Ce genre de consignes ont d’ailleurs une influence limitée et sont de plus risquées pour un mouvement civil. Cependant, les valeurs que s’approprie cette collectivité de volontaires et son style de développement ont bien entendu une influence et les personnes qui s’appuient sur cette influence peuvent en tirer certaines conclusions et significations politiques. Par exemple, les personnes qui se confient à cette culture ne gratifient en aucun cas les politiques qui peuvent interrompre le processus démocratique ; et ne soutiennent aucunement les régimes extraordinaires.
Une fois ce cadre tracé, il faut ouvertement souligner que depuis ses débuts, les principes qui déterminent le regard du mouvement de volontaires connus sous le nom de Hizmet envers les partis politiques sont très clairs. Dans le passé, ceux-ci ont décidé de soutenir ou pas les diverses résolutions des partis politiques en fonction de ces principes et à l’avenir, leurs attitudes envers ces mêmes partis seront déterminées par ceux-ci. Ce qui est déterminant ici n’est pas l’identité des partis politiques mais les valeurs soutenues. C’est pourquoi les personnes dévouées au Hizmet peuvent à l’avenir soutenir les actions des partis défendant certaines valeurs, comme elles l’ont déjà fait dans le passé.
Le cadre des valeurs qui déterminent l’approche du Hizmet aux partis politiques peut être tracé comme suit : assurer la démocratisation et les libertés religieuses, atteindre les standards internationaux, à commencer par ceux de l’Union Européenne, renforcer la suprématie du droit ainsi que les droits et libertés individuelles. Comme expression du devoir de citoyenneté, les partis politiques qui œuvrent dans cette direction peuvent aujourd’hui être soutenus comme ils l’ont été hier. Dans cette définition, aucun lien organique avec les partis politiques n’est présent. Tant qu’ils ne s’opposent pas aux usages et valeurs communs de la société, qu’ils n’ont pas recours à des procédés rejetés par le droit universel comme la violence ou la terreur et qu’ils mènent une politique respectant les valeurs soulignées ci-dessus, tous les partis politiques sont susceptibles d’être soutenus par les personnes ayant une estime pour le Hizmet. Ainsi, les personnes dévouées à cette cause ont depuis toujours adopté une position en faveur des standards universels dans tous les sujets liés à la démocratisation de la Turquie.
Dans aucune des questions fondamentales telles que la liberté religieuse, l’utilisation de la langue kurde, les droits des minorités religieuses, l’adhésion à l’UE ou l’adoption d’une constitution civile, le Hizmet n’est descendu en-dessous des standards aspirés par la demande de démocratie en Turquie. Il faut rappeler qu’en ce qui concerne tous les thèmes touchant les fondements de la démocratisation, le Hizmet ne s’est jamais positionné en-dessous des standards universels, il a mobilisé tous ses moyens pour atteindre une Turquie civile et démocratique sans aucune condition préalable. Le Hizmet n’a jamais approuvé ne fusse qu’un minime discours mettant en difficulté la Turquie dans son éprouvant chemin vers les standards démocratiques universels, à commencer par ceux de l’UE. De même, le dynamisme dont le Hizmet a doté les masses populaires concernant le développement de la démocratie turque a eu une importance historique. Grâce à son influence sur ces masses, il a contribué à l’élaboration d’une surface de mouvement étendue à la structure politique, notamment en ce qui concerne la question kurde et les réformes dans le cadre du processus d’adhésion à l’UE. Cependant, il n’aspire aucunement à partager le pouvoir politique ou à détenir celui-ci. La politique est une institution très importante. Seulement, le rôle que le Hizmet et les organisations de la société civile ont joué pour que la démocratisation soit assimilée par la population ne doit en aucun cas être sous-estimé.
Le fait que les individus posent un choix politique en raison des principes évoqués ci-haut comme les droits humains ou la démocratisation ne signifie pas qu’ils sont politiquement engagés. Il est question ici d’un soutien à l’appropriation de certaines valeurs par un parti. Il va donc sans dire que si les partis politiques régressent dans des thèmes comme la démocratisation, un changement d’attitude des personnes qui ont une estime pour le Hizmet vis-à-vis des partis concernés est inévitable. Le rapport tel que décrit ci-dessus que le Hizmet maintient vis-à-vis des partis politiques correspond parfaitement au modèle présent dans les démocraties développées. Les individus et la société civile soutiennent les partis politiques pour certaines valeurs concrètes qu’ils soutiennent. Tous les individus et la société civile ne sont pas pour autant partisanes et votent pour les partis politiques non pas parce qu’ils sont engagés politiquement mais parce qu’ils considèrent leur politique comme étant correcte. L’équilibre présent dans ce rapport qu’a le Hizmet aux partis politiques représente également une garantie pour toute la société. Le fait que les mouvements tels que le Hizmet qui ont une influence sur les masses soutiennent les partis en fonction de leur politique et retirent ce soutien si le besoin se manifeste doit être considéré comme un mécanisme d’assurance sociale. Une des nombreuses leçons que la politique du Moyen-Orient nous a données est celle-ci: l’engagement des grands mouvements sociaux aux partis, aux dirigeants ou aux gouvernements et le maintien de leur soutien malgré la régression des politiques de celles-ci par rapport aux valeurs démocratiques qu’ils soutiennent a donné lieu à des crises politiques.
Le Hizmet et le Parti pour la Justice et le Développement (l’AK Parti)
Dans un cadre plus concret, un des sujet débattus ces derniers temps est la relation entre le Hizmet et l’AK Parti. D’innombrables assertions concernant les relations entre le Hizmet et l’Ak Parti, toutes différentes l’une de l’autre et parfois très contradictoires sont évoquées. Il faut rappeler une chose avant de résumer le point de vue du Hizmet vis-à-vis de l’AK Parti : le regard du Hizmet à la question des partis politiques n’est pas un sujet qui est apparu avec le fondement ou la présence de l’AK Parti. La vision qu’il porte sur les partis politiques telle que résumée ci-dessus s’est constituée bien avant et le Hizmet évalue l’AK Parti dans le cadre de ses valeurs traditionnelles.
L’approche du Hizmet est très claire en ce qui concerne les débats Hizmet-Ak Parti : il est un fait qu’avec l’Ak Parti, des pas importants ont été faits et un chemin considérable a été parcouru ces dix dernières années en Turquie, notamment en ce qui concerne la démocratisation, la suprématie du droit, les droits et le libertés ainsi que l’émancipation du pays du régime de tutelle. Ignorer ou mésestimer le service concret de l’AK Parti dans ce domaine serait une injustice. Le Hizmet a toujours été reconnaissant à tous les politiciens et mouvements politiques qui œuvrent pour le salut du pays, en ce compris l’AK Parti. Ces derniers temps, l’AK Parti et ses dirigeants ont fait des pas importants, louables et courageux dans des périodes très cruciales. Cette politique appropriée a été récompensée par une bienveillance populaire qui s’est traduite par près de 50% de voix. Comme cette grande masse, la raison pour laquelle le Hizmet rend cette justice à l’AK Parti repose dans les services rendus en matière de démocratisation, des droits de l’homme et de l’émancipation de la tutelle.
Aujourd’hui le Hizmet n’a aucune autre attente de l’AK Parti que le maintien de l’agenda entamé pour la réalisation de ces objectifs. Comme tout autre corps social partisan de la démocratie, l’attente politique principale du Hizmet de l’AK Parti est qu’il s’approprie encore plus fort la politique de renforcement démocratique et d’émancipation de l’influence obscure des pouvoirs de tutelle. Mis à part ces objectifs qui, une fois réalisés, profiteront à toute personne vivant en Turquie, le Hizmet n’attend aucun autre profit de l’AK Parti.
D’un autre côté, tous les accomplissements réalisés à un quelconque endroit ne peuvent être attribués à un seul parti ou groupe. Il faut par conséquent rappeler qu’à côté de la persévérance du pouvoir politique pour effectuer ces travaux qui ont gagné l’estime de notre population, la sensibilité des organisations de la société civile pour honorer la responsabilité qui leur incombe fut très influente. C’est pourquoi il est une nécessité de commémorer avec estime le labeur des enseignants, ouvriers, juristes, dirigeants, commerçants, journalistes, intellectuels et de toute autre personne qui ont tous ensemble autant contribué au processus de démocratisation que le pouvoir politique. Il faut considérer les développements positifs survenus en Turquie comme étant le fruit des sacrifices que d’innombrables personnes ont consentis depuis des décennies.
Une crise entre le Hizmet et l’AK Parti ?
Dans ses discours, écrits et dans tous ses autres travaux mis en œuvre, Fethullah Gülen est une personne qui, par ses paroles et par les modèles mis en pratique dans sa propre vie, a placé l’être humain au centre de toute chose, qui a attiré l’attention à la suprématie du droit, qui a appuyé qu’il n’y a aucune alternative à la démocratie, qui s’est efforcée pour le renforcement moral et éthique de la société et qui a souligné que les travaux d’éducation et de dialogue sont la base de la conciliation et du développement sociaux. En examinant minutieusement les discours prononcés et les livres écrits pendant 40 ans, on peut voir clairement que Fethullah Gülen s’est refusé à toute attitude, la plus minime qu’elle soit, susceptible de provoquer une crise au sein de la population ou de l’Etat. Il conteste tout chaos pouvant provoquer des crises sociales et politiques et recommande l’harmonie, la stabilité, le service à la collectivité et les bonnes mœurs aux personnes suivant ses conseils. Dans ses prêches à la mosquée, il a toujours incité ses fidèles à être sans mains face aux personnes violentes et sans langue face aux personnes injurieuses.
Lorsque le salut du peuple en était question, il les a invité à faire des sacrifices personnels dans des questions individuelles ou politiques. Il faut voir en cette approche de Fethullah Gülen ou du Hizmet une application du principe « poursuivre la contribution et non la rétribution ». Dans cette optique, cette pseudo-crise que certaines personnes tentent avec insistance de mettre à l’agenda sous l’intitulé « crise entre l’Ak Parti et le Mouvement» est complètement hors de l’ordre du jour et des centres d’intérêts du Hizmet. Au contraire de ce qui est prétendu, le Hizmet ne se constitue pas partie de cette crise. De même, le fait que les personnes qui lui sont dévouées fassent partie de ces débats n’est aucunement approuvable. Dans une époque où les personnes doivent soulever les questions importantes main dans la main, la pensée même que le Hizmet soit dans une position alimentant les crises est injuste.
Depuis plus de 40 ans, Fethullah Gülen a toujours recommandé aux personnes suivant ses conseils la prudence et le bon sens face aux menaces à l’encontre de l’ordre social tels que des conspirations ou l’anarchie. Les mêmes milieux qui dans le passé critiquaient Fethullah Gülen d’être excessivement étatiste l’accusent aujourd’hui de provoquer une crise pouvant mettre à mal l’Etat. Il faut bien retenir cette antinomie fondamentale des individus qui prêchent certaines assertions dans le contexte de la « crise entre le Mouvement et l’AK Parti ». Ceux qui le critiquaient à un certain moment d’aspirer à la « Charia » ne se sont pas gardés plus tard de l’accuser de vouloir « christianiser le pays ». Il ne faut pas laisser échapper ce type de contradictions profondes entre les accusations qui lui ont été faites à différentes périodes.
Cependant, il est clair que le fait que les forces de sécurité et de justice -qui doivent faire leur travail dans le cadre des lois- soient prétendues être en rapport avec le Hizmet est prémédité. Montrer les gens pour cible non pas pour la qualité de leur travail ou les valeurs qu’ils représentent mais pour leur identité, couleur, confession ou conviction religieuse est un acte dangereux et primitif. Présenter une personne comme dangereuse juste parce qu’elle est liée à une philosophie est une chose incompatible avec les droits fondamentaux. De ce point de vue, montrer une personne comme si elle était dangereuse pour le simple fait qu’elle a une estime pour le Hizmet représente une atteinte fondamentale aux droits de l’homme.
Les acteurs qui défendent la démocratisation et ceux qui font front commun à son encontre ne sont pas nés d’hier. Les attitudes et assertions éventuelles des acteurs qui animent nos deux derniers siècles sont connues par cœur. C’est pourquoi il n’est pas difficile de deviner l’intention de ces agressions aux fonctionnaires du secteur public dont les actes sont imputés au Mouvement : affaiblir la volonté politique et empêcher les activités de société civile réalisées par le Hizmet en le tirant vers un terrain de friction avec l’AK Parti. La situation qui profiterait le plus aujourd’hui aux défenseurs de la tutelle est un contexte de heurts entre le Hizmet et l’AK Parti. Il faut se souvenir ici comment se sont comportés les personnes qui se réjouiraient d’un désaccord entre le Hizmet et l’Ak Parti lors de situations telles que la crise d’élection présidentielle (« la crise 367 ») ou le procès de dissolution de l’AK Parti. D’un point de vue historique, la Turquie vit une période cruciale. Tous les acteurs présents en cette période ont une très grande responsabilité. Il est important que les personnes qui partagent une vision de Turquie démocratique et développée ne se laissent pas abuser par les désinformations et les propagandes tendancieuses. Il est devenu difficile pour la tutelle de faire régresser le pays directement et par des voies traditionnelles. Ceci dit, elle peut cette fois-ci s’ouvrir un chemin par des intrigues et des ragots, autrement dit par des faiblesses qui peuvent vaincre les personnes les plus vigoureuses.
Le Hizmet et la bureaucratie
Il faut préciser que le Hizmet a acquis la bienveillance d’innombrables personnes issues de tous les pays et de toutes les couches sociales. De nombreuses personnes issues du monde des affaires, de l’univers académique ainsi que des milieux politiques et bureaucratiques se sont intéressées et ont soutenu ce mouvement qui place l’être humain au centre de ses préoccupations et qui œuvre avec la manière de savants tels que Djalal Al-Dîn Roumi (Mevlana) ou Yunus Emre. Deux points importants sont à souligner ici : Primo, les idées de Gülen voient un intérêt croissant dans de nombreuses universités du monde entier et il est possible de les voir débattues dans des thèses de master ou de doctorat. Tout comme il est probable de croiser un démocrate français ou un démocrate turc, il est tout aussi concevable de rencontrer des personnes qui apprécient le style de pensée de Fethullah Gülen dans différents pays. Secundo, Fethullah Gülen représente une philosophie légitime émanant de l’histoire et de la culture propres à la Turquie. La philosophie que représente Gülen est une approche qui est ancrée historiquement dans cette culture et cette civilisation. C’est pour cette raison que le fait que des personnes issues de toutes les couches de notre société soient dévouées à ces valeurs et principes et les soutiennent, est une légitimité qui leur revient de plein droit. Il est donc naturel que dans la bureaucratie se trouvent des personnes dévouées au Mouvement du Hizmet. De plus, il serait injuste de concevoir comme une « infiltration » le fait de remplir légitimement des fonctions au sein de son propre Etat dans les limites définies par les lois et directives. Fethullah Gülen a de surcroît été jugé du fait de cette imputation insensée et a été acquitté à l’unanimité des voix par l’assemblée générale pénale de la Cour de Cassation (9ème adm. pénale de la Cour de Cassation, décision n°1328 du 05/03/2008 – réf. 2007/6083).
Le Hizmet et la liberté de presse
Dans un communiqué récent, Fethullah Gülen a manifesté une position très claire là-dessus : « Je suis un partisan de l’application des libertés de presse et d’expression dans leur sens le plus large. Même si leurs pensées sont en totale contradiction avec les miennes, même s’ils m’imputent –injustement- ce qui leur arrive, je milite pour qu’ils puissent user librement de leurs libertés d’expression et de presse. »
Comme il l’est exprimé dans ce communiqué, le Hizmet conçoit la liberté de presse comme une pierre angulaire de la liberté d’expression et supporte sont application dans son sens le plus large. Il ne faut pas oublier qu’en Turquie, on fait usage de la liberté de presse pour apporter des critiques quasi organisées au Hizmet. Dans tous les débats présents dans l’opinion publique, le Hizmet est d’une manière ou d’une autre critiquée. Il suffit de se rappeler que même les personnes qui ont par le passé critiqué le Hizmet furent présentées comme des personnes « proches de Gülen » pour voir à quel point ces critiques ont gagné une allure tragicomique. Ce qui est affligeant, c’est qu’aucune preuve, adresse ou nom concrets ne soient prononcés avec ces critiques qui tiennent les personnes dévouées au Hizmet pour suspects. D’un autre côté, ceux qui prétendent que le Hizmet cible les journalistes avec des sentiments rancuniers via certaines personnes infiltrées dans l’Etat sont tenus de prouver ces accusations et revendiquer leurs droits devant les mécanismes juridiques compétents. Au lieu de faire des déclarations incriminantes générales, ces personnes doivent avoir recours aux instances juridiques et y faire valoir leurs droits. Finalement, ceux qui prétendent qu’il est impossible et risqué de critiquer le Hizmet doivent savoir que des dizaines de livres critiquant lourdement celui-ci et Fethullah Gülen ont été publiés en Turquie et que chaque jour, différents articles qui vont dans le même sens sont rédigés.
[1] Le terme turc utilisé par les médias est cemaat, qui signifie “communauté, collectivité”. Bien qu’utilisé généralement pour qualifier les collectivités religieuses, l’utilisation abondante de ce substantif pour désigner le mouvement du Hizmet a eu pour conséquence une assimilation terminologique entre le Hizmet et le mot cemaat dans l’opinion publique. Comme le mouvement qui s’inspire des idées de Fethullah Gülen est mieux connu sous la désignation de Hizmet Movement ou de Gülen Movement en occident, nous avons préféré traduire le mot cemaat par mouvement pour rendre les choses plus claires (ndt).
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