La solidarité dans le monde

La question écologique renforce la solidarité internationale

À l’échelle internationale, le réchauffement climatique et le modèle productiviste dominant mettant à mal les ressources de la planète constituent des préoccupations urgentes nécessitant des solutions mondiales. En 2009, la Conférence de Copenhague organisée par l’ONU a été décisive concernant la prise de conscience de la réalité du changement climatique et de ses conséquences sur la planète ainsi que sur la nécessité d’une transformation des sociétés actuelles. La question écologique constitue ainsi un enjeu mondial nécessitant une coopération internationale. La COP21 de 2015 a débouché sur un accord entre 195 États et l’Union Européenne sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre, l’objectif étant de limiter le réchauffement planétaire à 2°. Cet engagement reprend celui énoncé lors de la Conférence de Copenhague et témoigne de la difficulté qu’ont les États du monde à négocier entre eux et à respecter leurs engagements quand une entente entre tous est trouvée.

À échelle davantage individuelle, le volontariat de solidarité internationale permet à des citoyens de s’engager auprès d’ONG du monde entier. La loi du 23 février 2005 qui encadre ce dispositif définit ce volontariat comme « l’accomplissement d’une mission d’intérêt général à l’étranger dans les domaines de la coopération au développement et de l’action humanitaire ».

Nous verrons maintenant les liens de solidarité existants dans le monde selon les principales régions et civilisations.

Idéal d’une Europe solidaire et unie via l’Union Européenne

Le projet de la construction européenne – projet territorial et politique inédit – est fondé sur l’idée d’une mise à profit des compétences de chaque État-membre dans le but de servir l’intérêt général de la communauté européenne. C’est ainsi que le traité de Maastricht, texte fondateur de l’Union Européenne, prétend rassembler tous les États européens “Désireux d’approfondir la solidarité entre leurs peuples dans le respect de leur histoire, de leur culture et de leurs traditions”. C’est dans cet idéal de solidarité qu’a été créé un Fond européen de développement régional chargé de réduire les écarts de développement au sein de la communauté européenne.

Afin d’aboutir à une Europe fédérale et unie, différents principes se doivent d’être appliqués et respectés par l’ensemble des États-membres comme celui de la laïcité. C’est ainsi que la

France s’affiche comme une République laïque défendant la liberté de conscience. L’Angleterre, dont le monarque est « le gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre », garantit toutefois la liberté de conscience en faisant de la religion une liberté. D’autres États tels que l’Espagne et l’Italie s’affichent quant à eux comme neutre en matière de religion. Ainsi, la laïcité l’emporte majoritairement en Europe et permet à la communauté européenne d’être soudée.

Par ailleurs, différentes initiatives ont été mises en place afin de créer un sentiment d’appartenance à la communauté européenne. On peut par exemple citer la création d’un hymne européen (la Neuvième symphonie Beethoven composée en 1823) ainsi que la proposition originale de faire de l’espéranto, créé en 1887 par le Polonais Ludwik Lejzer Zamenhof, la langue officielle de l’Europe. Le mouvement citoyen Espéranto pour l’Europe défend cette idée qui permettrait aux citoyens européens de mieux se comprendre et donc de mieux vivre ensemble dans le cadre d’une Europe unie. Enfin, le programme d’échanges universitaires Erasmus permet actuellement aux étudiants européens de se rendre pour une durée plus ou moins longue dans une université européenne d’un autre pays afin d’y poursuivre leur scolarité. La mise en place de ce projet vise donc, entre autres, à permettre aux jeunes citoyens européens de découvrir leurs pays voisins ainsi que leur culture.

Défense et protection des populations indigènes au cœur des initiatives solidaires en Amérique Latine

Afin de comprendre la mentalité sud-américaine concernant le vivre ensemble, il convient tout d’abord de s’interroger sur l’origine des États modernes qui composent cette région du monde. La plupart des pays d’Amérique Latine sont issus des anciennes vice-royautées créés par l’Empire Espagnol comme celle de la Nouvelle Grenade dont la capitale était Bogota. Divisées en différentes circonscriptions, chacune de ces vice royautées comprenaient un tribunal appelé “audienca” . Ce sont ces audiencas qui deviendront par la suite les différents États d’Amérique latine que nous connaissons actuellement, tels que le Panama ou le Guatemala.

Cependant, la culture des peuples indigènes pré-colonialisme reste très ancrée dans les mentalités aujourd’hui. En témoigne le concept du “Buen Vivir”, prenant de plus en plus d’ampleur actuellement notamment en Équateur et en Bolivie. Selon les théoriciens Eduardo Gudynas et Alberto Acosta, il s’agit d’une « occasion de construire une autre société basée sur la coexistence des êtres humains avec la nature, dans la diversité et l’harmonie, à partir de la reconnaissance des différentes valeurs culturelles présentes dans chaque pays et dans le monde ». Il s’agit pour ces États de reconnaître et légitimer la diversité culturelle régnant au sein de leurs frontières. C’est selon ce principe qu’en 2008, la nouvelle Constitution équatorienne s’est engagée dans son préambule à mettre en place “une nouvelle forme de

coexistence citoyenne dans la diversité et l’harmonie avec la nature”. Cela permet ainsi aux peuples indigènes de s’organiser en différentes circonscriptions territoriales avec leur propre gouvernement autonome en leur assurant la préservation de leur identité culturelle. Le “Buen Vivir” s’évertue alors entre autres, à renforcer les droits sociaux des différents peuples afin de protéger leur culture dans le but d’une cohabitation harmonieuse de ceux-ci entre eux.

C’est dans ce même objectif que de nombreuses ONG se chargent de défendre, aider et accompagner les différentes communautés indigènes, à l’image d’El Equipo Nacional de Pastoral Aborigen en Argentine. La protection de ces communautés ainsi que leur culture constituent un enjeu majeur en Amérique Latine en vue de renforcer la cohésion sociale et la solidarité car ces différents peuples constituent l’identité profonde des habitants.

La hausse du communautarisme et de l’individualisme fragilise la cohésion sociale en Amérique du Nord

La situation en Amérique du Nord est quant à elle assez différente des pays sud-américains. En effet, les États-Unis font actuellement face à une montée de l’individualisme et du communautarisme, mettant à mal la cohésion sociale. Pour cause, il s’agit du pays le plus inégalitaire au monde dans lequel on observe un accroissement de la pauvreté, provoquant alors un repli identitaire chez certaines communautés et une hausse de la violence. Environ 15% des américains se contentent de moins de 1,90 $ pour vivre par jour.

Le repli identitaire touche principalement les populations les plus pauvres et se manifeste particulièrement dans la communauté hispanique qui, à force de se sentir rejetée de la société américaine, ne cherche plus à s’intégrer à celle-ci mais revendique et cultive sa langue et sa culture hispanique. Les hispaniques constituent pourtant la première minorité ethnique du pays devant les Afro-américains.

Pourtant, l’essor de cette communauté ne favorise pas leur intégration dans la société américaine mais renforce plutôt chez celle-ci la peur du déclin des Blancs. Cette angoisse partagée par de nombreux Blancs aux États-Unis sert politiquement les discours conservateurs comme celui de Trump, et favorise alors le racisme, la discrimination et la haine plutôt que la fraternité et le vivre ensemble.

La solidarité familiale détermine les relations sociales en Afrique

Le continent africain est le plus pauvre du monde avec plus de 60% d’individus en situation d’extrême pauvreté selon l’Agence Française de Développement (AFD). De plus, la plupart des pays africains abritent une population très nombreuse, rendant difficile la mise en place d’une réelle protection sociale garantissant des droits sociaux et l’accès aux soins pour tous.

La couverture de la sécurité sociale étant très souvent quasi-inexistante, la population ne peut compter sur les aides de l’État lors de difficultés financières ou médicales. Les États africains sont par ailleurs souvent corrompus et n’ont ainsi pas comme ambition principale de venir en aide à leurs populations.

C’est pourquoi se sentant délaissés par leur gouvernement, les Africains vivent pour la plupart au sein du cadre familial, dans un contexte pluri-générationnel dans lequel une “solidarité familiale” très forte est instaurée. Selon Tanella Boni dans son article Solidarité et insécurité humaine : penser la solidarité depuis l’Afrique, “au fondement des cultures africaines existe un « pacte originel » dans lequel sont consignées oralement, depuis des temps immémoriaux, les règles de conduite qui préservent l’harmonie du groupe dont la forme primordiale est la famille.” Les relations intergénérationnelles qui vont de pair avec le respect voué aux aînés font partie des règles de conduites les plus importantes à respecter. Permettant aux individus d’améliorer leurs conditions de vie via le système de solidarité familiale mis en place, ceux-ci se retrouvent toutefois dépendants du cadre familial dans lequel ils évoluent. Ainsi, moins l’État est présent auprès de sa population, plus les relations de solidarité familiale sont présentes, fortes et contraignantes.

En Afrique du Sud, un système de solidarité publique permet aux personnes âgées de bénéficier de pensions vieillesse. Ce système permet alors à ses bénéficiaires de soulager financièrement les autres membres de la famille dans le contexte de solidarité familiale. Cette entreprise traduit une volonté de l’État Sud-africain de compenser les failles du gouvernement en matière de couverture sociale et ainsi d’améliorer, ne serait-ce qu’un peu, les conditions de vie de sa population. Cette pratique très étendue de la solidarité familiale en Afrique témoigne de l’altruisme et de la générosité dont font preuve les Africains ainsi que des liens de réciprocité qui unissent les individus entre eux. L’entraide qui est mise à l’honneur dans les sociétés africaines plonge les individus dans une situation de dépendance vis-à-vis des autres membres de la famille mais leur permet également d’améliorer leur cadre de vie.

Le lien social en Asie renforcé par la vie en communauté et la spiritualité

Le continent asiatique se caractérise quant à lui par l’importance de la vie en communauté, des traditions locales et des religions pratiquées, qui rythment la vie des populations. En Asie, l’hindouisme, le bouddhisme et le taoïsme constituent les principales religions auxquelles se mêlent diverses croyances, coutumes et traditions locales pouvant varier d’une région à l’autre. Ce sont donc ces différentes influences qui déterminent globalement les liens sociaux asiatique.

L’Inde abrite de nombreux villages dans lesquels cohabitent différentes générations. Cette vie en communauté favorise alors l’entraide et la solidarité et maintient l’importance de la religion au fil des générations comme ciment social. Ce communautarisme est renforcé par le système des castes caractéristique du pays, pourtant plus reconnu par la Constitution indienne. Il existe une multitude de castes selon les régions, elles-mêmes divisées en des sous-castes. Ce système fait ainsi naître de nombreuses hiérarchies locales, favorisant alors la vie en communauté et donc l’entraide au sein de chacune d’elles.

La Chine est quant à elle un pays multiethnique et constitue donc un État très cosmopolite dans lequel chaque ethnie se distingue des autres principalement par la langue et la culture. La République Populaire de Chine fondée en 1949 par Mao Zedong a très rapidement reconnu l’existence des différentes minorités nationales et leur a même créé pour la plupart des régions autonomes.

La communauté des Hakkas (“les invités”) dans le Sud-Est de la Chine illustre bien la solidarité et l’entraide qui peuvent régner dans de nombreuses communautés asiatiques. Les Hakkas vivent dans des tulous, qui sont des habitations collectives en forme de cercle construites à partir du 12e siècle afin de lutter contre les attaques extérieures et assurer ainsi la survie de leur peuple. Leur mode de vie est principalement axé sur l’élevage, la culture de riz, de thé et de fruits locaux. Peuplée par 55 millions d’habitants, cette communauté vit en autarcie répartie dans divers villages. Ils ont donc su mettre en place une véritable organisation sociale fondée sur les principes de solidarité et d’entraide. En effet, si une famille de la communauté rencontre par exemple des problèmes financiers, elle recevra de l’aide de la part de l’ensemble de la communauté. Ce système d’entraide a ainsi permis aux Hakkas de se préserver au fil des siècles.

Article de Thomas Salen